Défense et réhabilitation du MD ( Im grünen, Im grünen)
Relisant ma collection de la célèbre revue Aéro Contact, je suis tombé sur un article étonnant écrit par un pilote -enfin... si on veut!- intitulé “Peur bleue sur Péril vert”. Un vrai salmigondis d’erreurs et de mauvaise foi. Et comme on ne parle bien que de ce que l’on connaît -sauf bien entendu si l’on est un politicien ou un eurocrate- je vais vous infliger ma propre expérience.
Habitué depuis mon enfance aéronautique au tricycle, j’ai décidé un jour de virer ma cuti (en tout bien tout honneur: je fais partie de ces générations rétrogrades où l’on distinguait bêtement l’endroit de l’envers) et de tâter du classique. Le choix a été vite fait puisqu’il n’existait et qu’il n’existe au club en ce jour de printemps 1999 que le F-PKMD, alias “le Jojo”, surnommé stupidement -on se demande bien pourquoi- “le Péril Vert”.
Dès le premier coup d’œil, j’ai été séduit par sa silhouette élégante et racée. Solidement campé sur un train principal rassurant, et appuyé sur une mignonne roulette qui lui donne au sol une assiette cabrée aéronautique (à comparer aux autres qui ressembleraient plutôt, au repos sur le parking, à des ruminants cassant la croûte) il inspire à tout pilote digne de ce nom affection et envie de s’envoyer en l’air. De près, on peut constater que c’est un appareil qui n’a pas été bâti anonymement en usine, mais monté amoureusement par des connaisseurs de vraie aviation. Au lieu d’une bête verrière on y entre en soulevant deux panneaux latéraux qui, déployés tels des élytres, lui donnent un air élégant de papillon. Note pour les entomologistes: bon, d’accord! les papillons sont des lépidoptères je crois et non des coléoptères, et ne sauraient donc avoir d’élytres. Et la licence poétique, alors? on dit bien “démocraties populaires” pour parler de régimes qui ne sont ni démocratiques ni populaires, non?
Une fois confortablement assis sur un siège fixe qui ne risque pas de se déplacer au plus mauvais moment, comme cela m’est arrivé sur d’autres, on trouve des commandes simples et efficaces: mini-manche et commande de gaz qui vous permettront plus tard de passer sans dépaysement sur les jets de chasse les plus modernes; palonnier ET pédales de frein distinctes, donc pas de danger de freiner involontairement sauf si l’on chausse du 55; trim bien visible. Le tableau de bord comporte toutes les pendules indispensables, et elles seules: badin; vario (un peu frileux; il indique des trucs pas vrais quand il fait froid); bille aussi agile qu’une savonnette mouillée tombée dans la douche; altimètre à une seule aiguille ergo sans aucun risque de se tromper de 1000 unités (faudrait quand même vouloir le faire: il s’agirait de 1000 mètres, pas pieds); compas qu’il n’est point besoin de recaler toutes les vingt minutes. Et notez bien que tout ceci est en unités bien françouaises bien de chez nous: km/h, m, m/s, mm de mercure... et non pas dans le salmigondis -j’aime ce mot, et j’ai une réduction si je l’emploie au moins 2 fois dans le même texte- de sabir volapükien que l’on trouve hélas trop souvent sur les autres avions; puis radio et intercom. Pour terminer, commande des magnétos avec une superbe clef en fer forgé, et interrupteur de batterie monté comme dans le bon vieux temps. Que désirer de plus? Ah oui peut-être: un dossier pour les petit(e)s. Et une pièce de 20 centimes pour ouvrir le capot. NB: pour ce faire, on peut aussi utiliser à ses risques et périls le bord tranchant de la clef citée plus haut.
Le moteur est lancé en actionnant une solide poignée, et le bruit qu’il fait est particulièrement agréable. Bon, ça ne vaut pas vraiment un Merlin un Allison ou un Daimler, mais quand même... Le roulage et l’alignement empêchent de somnoler, surtout en présence de vent. Et dès l’ouverture des gaz, on ressent la réalité et l’exactitude des lois rébarbatives de la physique qui régissent action, réaction et précession. Voila un avion amusant ET instructif à la fois, et le tout pour un prix modique! Grâce à une faible charge alaire, couplée à un moteur relativement puissant et à une mini-masse, le MD passe rapidement sur le train principal puis accélère et décolle dans la foulée, zigzaguant un tantinet pour bien montrer qu’il a du caractère. La bille, quand on prend le temps d’y jeter un coup d’œil, se promène gaiement d’un bout à l’autre de son tube en verre; un tube qui à l’inverse de celui des autres avions n’est pas rempli de seccotine.
En l’air, pas de problèmes: il faut TOUT réapprendre. Ouvrir les gaz, réduire les gaz, monter, descendre, tourner... et c’est immanquablement la bille dans le coin. Mais quel plaisir et quel intérêt quand on est habitué aux sympathiques mais un peu veaux Cessnas ou Robins.
Et le meilleur est à venir. Si lors de l’atterrissage avec BM, DD ou équivalent on peut continuer à discuter, se gratter la tête ou lire le mode d’emploi, il n’en est certes pas de même avec le MD. J’ai remarqué que chaque fois qu’un pax commettait l’imprudence de monter en place droite, le plus grand silence régnait à ces moments à l’intérieur du cockpit. Car il faut à la fois veiller à vitesse et pente bien entendu, mais surtout à l’alignement dans l’axe avec sérieux, sinon... la punition est immédiate. Cet avion doit avoir un kangourou parmi ses lointains ancêtres; ou alors Zébulon. Peut-être a-t-on monté par erreur deux pogo-sticks (échasses à ressort pour qui ne connaît pas la BD) en place des deux amortisseurs du train? Quoi qu’il en soit... méfiance et ne pas oublier qu’une bonne remise de gaz vaut mieux qu’une mauvaise sortie de piste. Ayant un jour réussi grâce à un concours fortuit et rarissime de circonstances qui ne se reproduisent qu’une fois dans la vie d’un homme et peut-être deux fois dans la vie injustement plus longue d’une femme, réussi disais-je un atterrissage excellent (mais si! mais si!) j’ai immédiatement ajouté un codicille à mon testament afin que l’on grave sur ma pierre tombale ou plus exactement sur mon urne funéraire quand le moment inéluctable sera venu: “Il dort en paix, car il a réussi un kiss-landing sur Jodel.”
Et à l’inverse du triste anonyme qui a écrit l’article indiqué au début de cette rubrique, je n’hésiterai pas à prendre mes responsabilités et à signer:
YYY
PS: si vous n’êtes pas hélas un fanatique de Schubert vous n’aurez peut-être pas reconnu le titre de l’un de ses lieder, titre qui veut évidemment dire “En Vert, en Vert...” (seuls Schubert, Bach, et les “baroqueux” méritent d’être conservés suivant mon opinion parfaitement partiale et intransigeante. De nos jours hélas, on a les Boulez, les “compositeurs” et les rappeurs qu’on mérite). Et c’est bien ainsi que je vois l’aviation d’aéro-club depuis quelque temps: en vert... en attendant sans illusion le coup de pied de l’âne que cet appareil impitoyable vous inflige fatalement un jour ou l’autre, sans remords ni considération d’âge, de sexe, ou d’(in)expérience. Et je resigne:
YYY
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